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j'ai participé a cette petite aventure scriptomaniaque, et ce fut tuant. mais ça a un peu payé quand meme =) : la!
sujet : "Je me souviens avoir été très fier d'avoir pu approcher Billie, cet animal sauvage. Cette fille intriguait tout le monde. Elle ne ressemblait à personne. Qui d'autres avait pour hobby l'auto-mutilation, l'alcoolisme et l'échangisme?" a poursuivre....
billie luttait avec sa mémoire, billie luttait avec l'alcool, billie luttait avec elle même. de mon coté, je déployais des efforts inhumains pour détacher mes pupilles de la lumière obscure qui semblait émaner de tout son corps. ses yeux éteints laissaient parfois percer une expression d'ironie lucide, mais j'ignorais ce qui alors avait pu déclencher l'intérêt soudain qu'elle portait au triste tableau qui s'offrait a nous : un comptoir graisseux embrumé d'un halo tiède et autour duquel gravitaient des êtres vides au quotidien morose. des bribes de discussions me parvenaient des tables voisines, et soudain, prenant conscience de leur absurdité, j'eus honte que l'humanité se livre ainsi a sa vision, et que perdu dans la foule des autres clients, je fusse assimilé a leur façon d'exister.
je n'ai pas fait un mouvement en sa direction. je me suis contenté de rester l'observer depuis ma table, saisi d'un bouquin, dont l'état décrépi attestait d'avoir déjà bien vécu. j'ai sourit, quand la comparaison m'a sauté au visage. Billie, c'est un livre qui passe de main en main, qu'on partage et qui s'abime a chaque passage. mes yeux allait des pages jaunies au comptoir, du comptoir au pages jaunies, tant et si bien qu'a chaque fois je perdait le fil de ma lecture pour m'étourdir quelques secondes dans les méandres secs de sa chevelure.
ce petit jeu a continué quelques heures, avant que qu'elle ne se lève en titubant et s'arrache a cet endroit. Elle m'a jeté un regard étrange, en se retournant pour se détourner du comptoir. Je ne lui avait pas adressé la parole, malgré les heures passées a la guetter, mais en sortant, elle se figea a mon niveau , et désigna mon livre d'un index hésitant.
"qu'est ce que c'est?" j'ai mis quelques secondes a comprendre le sens de sa question, et mon air con l'a fait rire.
" du kundera. ai-je dit. puis j'ai précisé : l'insoutenable légèreté de l'être.
-c'est vraiment le titre?" elle paraissait amusée.
j'ai acquiescé. évidemment.
-j'aurais aimé l'inventer... elle hésita. je restais silencieux.
avec un titre pareil, j'aurais pu mettre des mots sur mon état."
elle a jeté un regard vers la sortie, puis s'est ravisé et s'est assise a mon coté.
c'est comme ça que tout a commencé, par un auteur tchèque. et comme ça que ça s'est terminé.
sur le paillasson devant ma porte, un matin, une oeuvre du même auteur : "le livre du rire et de l'oubli".
avec un mot a l'intérieur : "tu t'es bien foutu de ma gueule. a mon tour maintenant, mon coco, mais avec classe. c'est surement ce qui nous distingue."
billie, si elle peut face a la vie sembler sans armes, c'est certainement parce qu'elle s'empare de celles des autres.
youpi tralala, paquerettes et pimprenelles


